

- A la naissance, je me suis appelée quelques heures autrement.
L''idée déjà d'être plusieurs ?
Nous sommes plusieurs. Je suis plusieurs. Seuls Freud (?) ou l’Art peuvent nous réunir.
Nous ne sommes pas un. Ne soyez pas étonnés que le doux voisin, l’étudiant sans histoire, la femme si belle soient des assassins.
- J'ai croisé la mort pendue par une écharpe noire.
Te sculpterais-je un jour
Pendu de mes rêves ?
Toi à qui l’on fût sourd
Enfant perdu, sans trêve
Une poutre, un long tissu
Romain, homme enfant sans lendemain
Rien à foutre
Pas d’issue
Dans mes mains
Tu étais en colère
Contre une mère
Un abandon, une putain
Révélation trop tôt dite
Réalité maudite
La vie est difficile
Mais il n’y a qu’elle
Elle ne tient qu’à un fil
Qui se rompt, qui se noue
Autour d’un cou gracile
Une blessure qui suppure ?
Rien
La fureur d’un sculpteur
Le sulfure d’une sculpture
Une compréhension du monde
Une appréhension comme une onde
Qui va et vient
Lancinant mouvement
De pendule
Effrayant balancement
du pendu
Un jour peut être
Presserais-je dans mes paumes
Avec mes doigts, mes affres et mes psaumes
Ta tête
Pour regarder en face
Ce que tu fis dans le noir
Pour laisser une trace
D’une solitaire histoire
Seule, j’étudie, je tâtonne
J’’interroge l’univers
La terre à mes pieds
Dans mes mains
Démiurge éprouvé
Sans cesse étonné
- J'ai rencontré la différence physique et mentale, certains parlent de handicape, pas moi.
- Etudes artistiques et journalistiques : l'oeuvre trouve son sens dans ces deux approches.
- Je me sang lasse.
- Je sens l'os de ma mâchoire appuyé contre le drap lorsque je m'endors.
Un os qui me survivra ...
Ma chair maman, mon chair papa,
J'ai été opérée de la pendicite et main tenon sa fée mal. Tous eux
qui me visitent y z'on l'air pluto pâles. Ils arrètes pas de me demondé si je me souvien de mon âge. C'est à cause de l'âne quils sont fâché. L'âne Esthésie qu'a fé des ravages. Y cirent tout le
temp que j'ai vin quatre ans !
- J'ai peur.
J'ai fais un cauchemar.
J'ai tellement peur que la mort me sourit.
- Je n'ai qu'une photo d'une petite fille potelée, heureuse de vivre.
"Tu m'as donné la boue, j'en ai fait de l'or."
Baudelaire à Satan
- Nuit et brouillard.
On en a retrouvé tellement.
La plus part carbonisés, complètement
brûlés, qui s'effritaient, en poussière
se dissipaient
Seuls quelques uns, pour témoigner, réclamer une, leur, intégrité.
- La mort, si profonde
m'obsède.
Elle attend tapie
que je cède
à la folie, douce tentation.
Parait que j'suis pas belle
que j'ai les pieds tordus
avec des ch'veux qui s'emmêlent
Et des yeux tout confus.
Parait qu’j’ai une marraine
Une fée qu’a une baguette
Qu’ dans son pays, c’est la reine
Et qu’elle est honnête
Alors j’l’attends
Et j’me rends compte
Qu’c’est rien qu’des contes
Pour les enfants
J’ai grandi vilaine
Avec mon pull trop p’tit
L’a des trous dans la laine
Mais moi, j’dis tant pis !
Un jour, é viendra m’voir
E verra bien ma drôle de tête
J’deviendrais belle comme un soir
Et même qu’j’aurais plus l’air bête
Mais j’invit’rais personne
J’boirais seule du vin
J’entends déjà qui résonnent
Les coups sur la porte en pin
S’ront tous jaloux
Qu’j’ai plus d’poux
Voudront m’donner du bâton
Pour m’punir d’plus être con
Mais pour l’instant,
J’attends.
Ca fait longtemps
Trop longtemps
Sur mon épaule, y’a un corbeau
Dans mon pantalon d’la paille
Lui non plus , l’est pas beau
Tout noir, avec sa voix qui déraille.
- Ne me parle pas de la mort, je l'ai en horreur
...
Texte accompagnant « Crier »
« Quant on s’arrête à la façon par exemple dont sont formés et proférés les mots, elles ne résistent guère, nos phrases, au désastre de leur décor baveux. C’est plus compliqué et plus pénible que la défécation notre mécanisme de la conversation. Cette corolle de chair bouffie, la bouche, qui se convulse à siffler, aspire et se démène, pousse toutes espèces de sons visqueux à travers le barrage pant de la carie dentaire, quelle punition.
Voilà pourtant c qu’on nous adjure de transposer en idéal. C’est difficile. »
Céline « Voyage au bout de la nuit »
- Une bouche, c’est plus difficile à ouvrir, qu’une main et ses doigts à frémir.
J’ai mis mes cendres
Dans ses yeux brulés
J’ai regardé descendre
Une larme étonnée
Dans sa bouche, un doigt
Un poing, puis mon bras
Tout au fond, tout en bas
Pour attraper son foie
J’ai mis mes cendres
Dans ses yeux brulés
J’ai regardé pendre
Une larme congelée
Sur son ventre, une main
Douce comme du vélin
J’ai cherché en vain
Son sexe, mon sein
Je me suis laissée prendre
A un jeu vicié
J’ai préféré attendre
Je me suis piégée
J’ai regardé au loin
Il n’y avait rien
Qu’un paysage éteint
Un avenir incertain
J’ai mis mes cendres
Dans ses yeux brulés
Les ai regardés se fendre
Par le sel, saturés
Dans mon cœur, un doute
Tout au fond de la soute
Hurlant ma déroute
Cherchant ma route
J’ai mis mes cendres
Dans ses yeux brulés
J’ai regardé descendre
Une larme étonnée
Ce n’est pas l’artiste qui fait l’œuvre, c’est l’œuvre qui fait l’artiste.
J’ai fouillé la terre
Ma terre. Eternité ?
Maternité !
J’ai trouvé un ventre vide
Avide
Faim de création
Ou fin de création
En vain
J’ai fouillé la boîte
Etroite
J’ai fouillé le sable
Effroyable
Découverte
Entr’ouverte
J’ai cherché un rivage
J’ai cherché un visage
J’ai trouvé des dents
Et puis le néant
Patient qui m’attend
Qui a tout son temps
Et qui le prend
Inexorablement.
- Juillet 2002
J’ai vu la mort en face
Elle avait un doux visage
- J’aime les bouquets de fleurs, parce que je leur survie sans peine …
- 2003
Aujourd’hui, je suis en vie, chaque jour est une fête, un exploit
- Il est des œuvres que l’on aime plus que d’autres.
« Exsangue », tu souffres et voilà que l’anonyme t’abîme. Tu souffres et voilà que moi, je te brise, en mille morceaux comme si, à bout, tu ne résistais pas. Alors la révolte gronde et sous mes mains, tu redeviens. J’aimerais tant pouvoir en faire autant avec les blessures, les brisures mortelles.
-2004
Je relis tout cela
Attente, doute
Enfermement
Je savais déjà
Mon ventre vide
L’acide, le goût de
La terre insipide.
Et le goût du sel
Sur la route, j’irais
Par la route, j’avancerais
Seule et fière
Malgré le vide
Artiste
Autiste
- Une mèche de mes cheveux
Longs
Coupée en plein milieu
Don
Un gros ventre
Tel un antre
Une grille qui confirme
La fille, con infirme
-Je me méfie des mots que l’on prononce. J’aime le silence des mots/ La Littérature. A moins qu’ils ne trouvent leurs voix.
- Face à mon œuvre, on ne parle que rarement de l’objet, de la technique. C’est le sujet qui happe. Attirance ou répulsion.
Réaction.
C’est souvent un mouvement de protection.
Le ^spectateur devant le sujet choquant, gênant, à un mouvement de recul.
Mais pas de recul …
Un mouvement traduit parfois physiquement, mais aussi mentalement, qui ne lui permet pas de se dégager du sujet pour aborder objectivement la technique.
- L’Homme est au centre de mon travail. Cette grande interrogation qu’est l’Humanité et son inhumanité. Errance, absence, souffrance, des mots rances au goût amer.
Question des droits de l’Homme.
La question est une torture nécessaire.
La réponse, un absolu dangereux.
Ambivalence de l’Etre Humain.
- Et si une œuvre n’était pas une marchandise, un produit.
Que serait’ elle ?
A voir et non avoir
A rencontrer
A vivre
A partager
- Qui n’a jamais touché la terre
Senti la terre
Ne saura jamais ma jouissance
Celle du démiurge
Tous ses sens en éveil
L’esprit à pleine puissance
Telle une purge
Exactement pareil
Mon corps qui force
Parce que la terre est féroce
Souple et résistante
Je voudrais lui ressembler
Alors je l’assemble
Je me rassemble
Ce n’est plus l’attente
Que j’exècre
C’est loin la pente
Je crée
Défigure, transforme mes cauchemars acres
Hors la nuit
De mon esprit
Son odeur, les tréfonds
Immortels
La vie comme un printemps
Je crée
- Que d’erreurs
Cette jeune humanité
Oublieuse des siens
Des pires comme des meilleurs
Que d’erreurs
Toi là enfermé
Incarcéré
La nuit tu pleures
Dans sept mètres carrés
Te rendras ‘ton meilleur
Rien n’est moins certain
- Si dieu existe, s’il n’est pas mort, s’il ne grille pas en Enfer, peut être nous a-t-il créé pour nous éloigner de lui. Pour éloigner ses pires cauchemars, les tenir à distance, s’en dégager.
Comme moi. Dans une tentative désespérée de comprendre.
Je mourrais seule. Et mon œuvre sera là, monstrueuse. Encombrante. Une question sans réponse.
Peut être interrogera t’elle encore le monde.
Alors je n’aurais pas tout perdu.
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